La grossesse, c’est comme une Infopub

Pour la première fois de ma vie, je suis enceinte. Pour moi, ça fait aussi bizarre que de dire pour la première fois de ma vie, je vis sur Mars.

Quand j’annonce aux gens que je connais que j’attends un bébé, c’est toujours une effusion de sentiments positifs. Tout le monde est heureux. Tout le monde trouve que c’est le best qui peut t’arriver. Même ceux que je ne connais pas tant que ça. C’est comme la meilleure nouvelle que j’ai jamais apprise à personne, je pense que je pourrai jamais topper ça : prix Nobel, Oscar, gagnante de la Poule aux œufs d’or, personne ne sera jamais aussi heureux pour moi qu’en ce moment.

Et tout le monde te couvre d’attention, tu deviens le centre d’intérêt, la source de mille attentions. Tout à coup, tout le monde veut prendre soin de toi, t’éviter du trouble, te laisser te reposer. Et le changement se fait instantanément. Une minute avant de partager ta nouvelle, tu cordais du bois avec le voisin. La seconde où tu lui apprends que t’es enceinte, tu te retrouves assise avec un verre d’eau pétillante à la main et quelqu’un te fait du vent avec une grande plume d’autruche.

C’est aussi un beau moment parce que tout est nouveau. À chaque étape, t’apprends quelque chose sur la production d’un être humain, sur ton corps, sur toi-même en tant que personne aussi. Tu te poses des questions que jamais t’aurais pensé te poser : est-ce que j’ai une opinion sur les chauffe-lingette par exemple? Tu découvres ton partenaire de vie sous un autre angle.

Bref, c’est excitant une grossesse. Et il y a beaucoup de femmes qui adorent être enceinte. Mais, comme pour n’importe quelle expérience humaine, ce n’est pas parfait. Et je réalise qu’on a BEAUCOUP tendance à idéaliser la grossesse. À en faire l’Expérience par Excellence pour une madame. 

Pour ma part, la grossesse n’est pas faite que de cupcakes, d’arc-en-ciel et de pets de licornes. Et quitte à être jugée, je pense que c’est important d’en parler.

Même si ce n’est pas super bien vu de l’avouer. Ça sème le doute dans la tête des gens : c’te fille-là aime pas ça être enceinte, elle ne sera probablement pas une bonne mère… Si tu dis que t’aimes pas vraiment être enceinte, c’est comme de dire que tu trouves que des fois les spectacles du Cirque du Soleil se ressemblent un peu, ou que t’aimes pas tant aller magasiner chez Ikea. Ça passe mal. Ce sont des expériences fabuleuses, comment oses-tu dire le contraire???

Je sais que je n’ai pas le droit de me plaindre. Ma grossesse va bien, le bébé est en santé et moi aussi. Je suis consciente qu’il y a des gens qui donneraient leur poumon gauche pour avoir la chance que j’ai. Mais oui, je vais me plaindre quand même.

Bedaine

Ma première photo officielle de bedaine… avec l’air dubitatif qui va avec!

La grossesse, c’est comme une Infopub : tout à l’air merveilleux jusqu’à temps que t’essaies le produit dans la vraie vie

Tout est fait de demi-vérité dans la grossesse. C’est comme la plus grande conspiration au monde. Genre : chut, il ne faudrait pas que personne sache vraiment c’est quoi, sinon l’ordre social tel qu’on le connaît actuellement risquerait de disparaître.

D’abord, peut-être avez-vous l’impression qu’une grossesse dure neuf mois? C’est ce qu’on entend partout : ça prend neuf mois faire un bébé. Y a-tu quelqu’un d’abord qui peut m’expliquer pourquoi t’es enceinte pendant quarante semaines???

Ça sonne pas mal comme dix mois dans ma tête. Autrement dit, vachement longtemps et pas loin d’un an. Ça, c’est exactement comme le monde qui reste fucking loin de tout et qui essaient de te convaincre que ça leur prend 25 minutes se rendre au centre-ville, alors que chaque fois que toi tu fais la même route, ça t’en prend jamais moins de 45. J’ai-tu manqué le warp zone à quelque part?

En fait, j’ai toujours l’impression de ne pas avoir lu les petits caractères du contrat relatif à la grossesse. Tsé, les mêmes petits caractères qui sont à la fin d’une Infopub et que ça te prend un microscope et une lampe de poche surpuissante pour déchiffrer.

  • Les nausées matinales – (peuvent durer toute la journée)
  • Tu peux avoir de la misère à dormir – (tu dormiras plus jamais)
  • Sentir le bébé bouger – (imagine un raton-laveur pris au piège dans une balloune légèrement dégonflée)
  • Tu peux avoir envie de pipi plus souvent – (tu vas passer 10 mois aux toilettes, même la nuit, mais c’est pas grave, tu dors pas)
  • Tu es libérée des menstruations – (mais les crampes, elles, sont toujours là)
  • Tu peux être plus essoufflée, avoir des reflux gastriques, avoir des étourdissements – (mets une brique sur ta poitrine, avale quelques gorgées de gaz à lighter et retiens ton souffle 8-10 minutes pour simuler la sensation)
  • Les femmes enceintes resplendissent – (dépend de ta définition de resplendir. Si elle inclut acné, vergetures, vaginite, mamelons gros comme des pizzas pochettes, alors : tu resplendis!)

Ha! Mais tout ça n’est qu’inconforts modérés et temporaires. Pense au petit paquet de joie que tu auras la chance de tenir dans tes bras dans neuf dix mois!

Justement, c’est mal fait la grossesse. Parce que le bébé n’est qu’une idée pour le moment. Tu ne sais pas à quoi il ressemble, ce que ça fait de le tenir dans tes bras, les émotions qui te prennent au cœur quand il te regarde dans les yeux. Bref, t’as parfois l’impression de pédaler dans le vide avec tous tes malaises.

Ce que je propose pour que la grossesse soit plus facile à gérer, c’est une revue complète du processus : on te remet ton bébé au tout début, il est beau, il est parfait, il sent bon, il ressemble à sa tatie, à son papy, au voisin (oups!), il est cute quand il mange ses orteils. Et là, on te le reprend. Et si tu veux le revoir : 10 mois de grossesse! À prendre ou à laisser. Me semble que ça motiverait à passer au travers!

Tu ne peux pas éviter de prendre du poids

Probablement que même celles qui n’ont jamais eu de problème de poids ont une petite crainte de perdre le contrôle sur leur corps pendant la grossesse.

Mais dans mon cas, cette grossesse arrive après une vie à avoir souffert d’obésité. Depuis les deux dernières années, mon objectif a été de combattre une possible reprise de poids. De tout mon cœur. J’y ai consacré beaucoup de temps et d’énergie et ça remplissait une partie de ma vie.

C’est à l’évidence ce qui est le plus difficile pour moi. Voir le chiffre sur la balance monter inexorablement. Et rapidement. Et ne pouvoir rien faire pour l’empêcher. Et je trouve ça tough de juste accepter la prise de poids.

Je sais, ce n’est pas comme si j’avais décidé de tirer mes bonnes habitudes au bout de mes bras et que je reprenais du poids parce que je mange des Cheetos à longueur de journée. Rationnellement, je suis capable de me dire que c’est du bébé que je prends et non pas du poids. Mais il y a quand même une grosse sirène d’alarme qui retentit quand je regarde la balance. J’ai donc arrêté de me peser, question de ne pas trop obséder sur cet aspect.

La prise de poids est inévitable, pour le bien de la cause « produire un futur payeur de taxes ». OK, Mais moi, je suis effrayée à l’idée de perdre le contrôle sur cette prise de poids, d’en faire beaucoup trop et de me ramasser avec cent livres à perdre après la grossesse. Ou même, si je me retrouvais exactement au même point qu’avant ma perte de poids, avec 72 livres de plus? Je ne peux pas voir comment j’y ferais face sans être découragée. Comment je pourrais simplement me relever les manches et me dire : « je recommence! » Avec entrain et enthousiasme.

En plus, les « experts » ne s’entendent pas trop sur ce qui est normal. Et c’est très difficile de faire la différence entre une prise de poids saine et attendue de la femme enceinte et une prise de poids « j’ai adopté la diète de fin de vie d’Elvis ». Mon médecin ne me parle jamais de ma prise de poids. J’ignore si c’est parce qu’elle est correcte ou bien parce qu’il est découragé de voir que ça va si vite ou bien parce qu’il s’en câlisse juste. Et je ne lui pose pas la question parce que je n’ai jamais eu beaucoup de succès à discuter de la gestion de mon poids avec les médecins.

Ton corps devient d’intérêt public

À partir du moment où t’es enceinte, les gens se sentent justifiés de poser des questions sur ton corps. Et ce n’est pas mal intentionné, les gens sont curieux et, surtout, impressionnés par le mystère de la vie. Et on s’entend, j’ai déjà posé tous les gestes que je dénonce maintenant. J’étais jeune et innocente à l’époque… Mais je tiens à m’excuser auprès de toutes les femmes qui ont gentiment répondu à mes questions avec un sourire en me trouvant secrètement pas drôle.

As-tu pris beaucoup de poids? Combien? Le genre de question que jamais on ne poserait à qui que ce soit en-dehors de cette période de gestation. Mais comme c’est dû à la présence d’un mini-être humain, ça devient légitime. C’est une petite torture pour moi. Toute ma vie, j’ai évité ce sujet. Jamais je n’ai voulu parler de mon poids. C’était honteux, un sujet d’inconfort total.

Ce n’est que depuis que j’ai commencé à bloguer que je me suis débarrassée de ce blocage, que j’ai commencé à révéler mon poids, pour me libérer, pour ne plus qu’il ait tant d’importance pour moi. Mais c’est certain que c’est beaucoup plus swell de discuter de ta perte de poids plutôt que de combien t’en a pris. Ça me confronte, même si cette prise de poids est « justifiée ».

Et tout le monde a une opinion sur ton gabarit. Et pas toujours de façon très délicate et/ou diplomate. Une personne de mon entourage m’a récemment (et publiquement) lancé « Wow! T’es donc ben rendue grosse! » J’avais juste le goût de répondre « Toi aussi »… mais j’ai souri. Et je suis partie.

Tu deviens aussi la cible de conseils non sollicités, de jugement, d’opinions :

  • « Tu manges un sandwich au jambon? Tu devrais pas, ça peut être contaminé au e-coli… »
  • « J’espère que tu ne prends pas d’alcool! »
  • « Tu es certaine que tu devrais continuer à aller au gym? T’es sûre que c’est bon pour le bébé? »
  • « Il faut que tu allaites. »
  • « Tu devrais pas nettoyer la litière de ton chat. »
  • « Tu prendras l’épidurale »
  • « T’as pris des médicaments contre la nausée? T’es pas stressée! »

Comme si tu n’étais plus tout à fait digne de confiance. Que tes décisions n’étaient plus fiables, que ça regardait tout le monde, collectivement, de te garder sur le chemin vertueux de la grossesse parfaite.

Sur une note positive…

Ma (feue) perte de poids a eu un impact positif sur ma grossesse. Je suis convaincue que tous les changements que j’ai mis en place dans les dernières années dans mes habitudes de vie m’ont permis de devenir enceinte rapidement et ont contribué à ce que ma grossesse se déroule somme toute bien jusqu’à maintenant, malgré mon âge vénérable. Pour ça et pour bien d’autres raisons, je ne regrette pas d’avoir perdu du poids avant d’être enceinte. Je referais exactement la même chose si on me donnait le choix.

Et je n’ai pas d’inquiétude quant aux  autres changements que mon corps va subir. Mon corps est déjà tout croche, c’est la bonne nouvelle! Après ma perte de poids, j’avais de la peau pendante un peu partout, des vergetures, une poitrine dégonflée à la forme douteuse, donc je ne crains pas le dommage qui sera causé par la grossesse. Avant d’être enceinte, je disais d’ailleurs que j’avais le corps d’une femme qui a eu 10 enfants coup sur coup. Au moins, de ce côté, j’ai lâché prise.

Je suis consciente aussi que certaines futures mamans vivent peut-être la même chose que moi. Peut-être à une intensité différente, mais on a toutes nos préoccupations, je n’en doute aucunement. Et ça fait du bien d’en parler, de ne pas prétendre que tout est parfait juste parce qu’on est en train de produire un être humain.

Je pense qu’il faut être réaliste dans cette aventure et réaliser qu’il n’y a pas qu’une seule façon de vivre une grossesse, c’est-à-dire assise sur un nuage, en extase 100% du temps. Et ce n’est pas superficiel de se poser ces questions sur notre corps, sur les changements qu’on vit, sur l’avenir. C’est légitime.

J’imagine que ces préoccupations s’estompent un peu, sinon totalement, une fois que le petit passager arrive enfin à destination. Et d’autres inquiétudes commencent sûrement…

 

13 réflexions sur “La grossesse, c’est comme une Infopub

  1. Josée T dit :

    Voilà tout est dit! Petit conseil, profite de l’attention qu’on te porte parce qu’ après l’arrivée de Jr, tous, à part Nanette peut être, n’auront d’yeux que pour lui, cette 7 ième merveille du monde. Bravo pour cet article criant de vérité. 🎀

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  2. Marie-Noël dit :

    Mylène
    Excellent article, comme tjrs!

    Je suis d’accord avec toi sur plusieurs points.
    Ça m’a fait en partie le même feeling que toi, à savoir tout ce qui n’était pas dit. Ce sentiment s’est poursuivit après l’accouchement. Pour ma part je n’etavis pas consciente de l’energie requise pour faire un petit humain.
    Pour les commentaires intempestifs des gens il semble qu’on ne peut effectivment pas t’en sortir. Enceinte quelqu’un m’a reproché de ne pas manger de chocolats et de bonbons (bien sur il ne savait pas qu’en je faisait du diabète de grossesse)

    J’aimerais quand même de rassurer sur la prise et perte de poids. Comme tu le disais être enceinte est une expérience en soit. Oui on prends tu poids, des vraies livres, on grossit. Mais la perte de poids suite à l’accochement est aussi « spéciale » et ne ressemble en rien à ce que tu as déjà connu. Pas immédiatement après l’accouchement, mais dans la semaine où les deux semaines suivantes tu peux facilement perdre 15-20 lbs. Un rendement impossible dans d’autres occasions! Tu viveras un processus de perte de poids, mais très différent de tout ce que tu as connu. Une autre nouveauté 😉

    Bonne idée de rester loin de la balance et pour ton médecin, je suis convaincu que s’il pensait que ta prise de poids était un problème, lui ne se gènerait pas pour t’en parler.

    Tu es très belle sur ta photo

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  3. Allo Mylène! Super ton article! Je m’étonne qu’il n’y ait pas encore eu une personne inconnue t’approcher en demandant ‘puis-je toucher votre ventre?’. Tout ce que je sais sur les enfants, c’est que dès leur conception, ils nous font sans arrêt vivre de nouvelles expériences. Crois-moi sur parole, c’est encore vrai quand ils ont 30 ans! Bises mon amie!

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    • Haha! Ça arrivera sûrement d’ici la fin de ma grossesse, je n’en doute aucunement. Oui, c’est riche en émotions et en inquiétudes, déjà. Pas certaine d’être prête pour les 30 ans à venir 😲

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  4. Jeannie dit :

    Toutes des choses qu’on vit réellement quand on est enceinte. Certes c’est Une belle expérience mais pas faite de sentiments positifs à 100% comme le veut la culture ambiante.
    Bel article, bravo!
    Et comme le dit si justement Marie Noël, le corps reprends ses formes et habitudes , pas longtemps après la fin de l’allaitement ( si allaitement).
    Bonne continuation!

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  5. Dès dit :

    Chapeau! À toi d’avoir l’ouverture d’écrire noir sur blanc ce que vivent bien des femmes. Comme tu le soulignes, la peur du jugement en freine certainement plusieurs. Je crois que tu vas en déculpabiliser plusieurs… En passant, beau profil qui semble déjà plein de vie!

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  6. Lucie Boudreault dit :

    J’aime beaucoup ton article. J’ai eu deux grossesses et elles on été très différentes. La première fut comme l’infopub: pas de nausées, pleine forme physique et mentale, accouchement avant le temps et fait en moins de deux heure ( contractions comprises). J’en aurais eu 10 comme ça. Mais la 2e…. comme toi, nausées du matin au soir, crampes, tout le kit. Mais quel bonheur de tenir ces petit après! Même après 40 ans, j’aime encore les serrer dans mes bras. Merci de partager la vraie nature des choses.

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  7. Jean-Pierre Tremblay dit :

    « L’un de vous a-t-il jamais songé que c’est au moment précis où la notion d’ÂME s’essoufflait que Freud nous a brandi sa théorie de l’EGO? » (1)

    À l’époque de l’ego surdimensionné, gonflé à grand coup publications sur les médias sociaux, miroir (souvent) déformant nos vies, que l’on utilise pour n’en montrer que la crème, je te dis: Mylène, tu as une balle âme. 😉

    (1) Lettre de Will Thisbee à Juliet. Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates. Mary Ann Shaffer et Annie Brown.

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